Bagage’Rue face au Covid !

Comme tout le monde, nous avons pris ce virus en pleine poire. Nous avons mesuré progressivement l’ampleur de cette crise, pris les décisions qui nous paraissaient les meilleures à l’instant T, et nous continuons de réfléchir et d’agir en essayant de ne pas rester sidérés.

Cet article a pour objectif de décrire comment l’association Bagage’Rue essaie de faire face depuis l’arrivée de la pandémie dans nos vies et les questions fondamentales qu’elle pose.

Comment  protéger les bagageurs et bagageuses, mais aussi les bénévoles et les salariées ? Comment faire de la « distanciation sociale » et des « gestes barrières » là où tout le but est de faire du « lien social » et des « gestes d’ouverture » ? Tenir des permanences collectives en se tenant à plus d’1 m les uns des autres ? Sans toucher les mêmes objets ? En parlant avec des masques ? En désinfectant toutes les surfaces avant et après chaque passage ? 

Ces questions restent entières et il va falloir nous y pencher pour les mois qui viennent si nous voulons rouvrir, et parce que nous voulons vous revoir au plus vite !

Mais en attendant, une fois la décision prise de fermer les permanences, nous ne sommes pas restés inactifs, bien au contraire. Cette période nous a permis de mesurer à quelle point la participation de chacun.e à la Bagage’Rue est un gage de résilience et de solidarité, y compris en période de crise. 

Fermer les permanences collectives et permettre l’accès individuel

Le vendredi 13 mars voyant venir l’interdiction d’ouvrir des lieux collectifs, nous avons décidé de fermer les permanences collectives de la Bagage’Rue Cluzan.

Une fois la décision prise de fermer les permanences, nous avons essayé de contacter un maximum de bagageurs et bagageuses pour leur permettre de venir la semaine suivante, sur RDV pour récupérer leurs affaires importantes. Beaucoup de bagageurs sont venus, un par un, pour récupérer des affaires, pour une durée indéterminée. Depuis la bagagerie reste fermée mais les bagageurs et bagageuses peuvent accéder à leurs affaires en prenant un rendez-vous individuel avec Laura ou Lucille. 

Prendre des nouvelles, rester en lien

Le mardi 17 mars, le Président annonçait le début du confinement. A ce moment-là, nos pensées ont été directement vers les bagageurs et les bagageuses qui n’ont pas accès à des hébergements, comment se confiner quand on n’a pas de chez soi ?

Nous apprenions que tous les services fermaient les uns après les autres : distributions alimentaires, accès à l’hygiène, accueils de jours, Maison de la Métropole pour les Solidarités, etc.  et nous étions inquiets. Alors nous avons essayé de joindre les bagageurs et bagageuses dont nous avons les téléphones pour prendre de leurs nouvelles, savoir comment ils et elles allaient, quelles étaient les difficultés qu’ils et elles rencontraient pour vivre dans ce contexte inédit et très anxiogène.  Cela nous permettait de savoir quels étaient les besoins concrets.

Nous savons aussi que les bénévoles continuent de prendre des nouvelles entre eux, et avec des bagageurs et bagageuses, selon les affinités, et c’est vraiment émouvant de le savoir. 

Reporter à plus tard l’Assemblée Générale de l’association.

La Bag’AG était prévue le samedi 21 mars, le jour du printemps. Lucille, Laura, Marine et le Conseil d’Administration y avaient travaillé depuis longtemps.

 C’est un temps fort de la vie de notre association, nous y attendions plus de 40 personnes, et c’était à ce moment-là que le nouveau CA aurait dû être élu. Impossible de maintenir cet évènement alors que tous les rassemblements étaient interdits. Nous avons donc décidé d’annuler et de reporter l’Assemblée Générale (on ne connait pas encore la date car on ne sait pas encore à quel moment nous serons autorisés à organiser des évènements).

En attendant l’élection du nouveau CA, nous avons demandé aux administrateurs et administratrices actuels qui voulait bien poursuivre son engagement pendant la période actuelle. Oriane, Constance, Pierrot, Paul-Jean, Bastien, Ludo et Elise ont répondu présent et continuent de se mobiliser avec Lucille et Laura, et tout ce petit monde continue de déployer une énergie de dingue !

Marine, en service civique à nos côté depuis le mois de janvier a dû suspendre sa mission comme tous les services civiques en France, nous espérons qu’elle pourra rapidement revenir parmi nous ! 

Agir et réagir, se mobiliser collectivement

Une fois la Bagage’rue Cluzan fermée, Laura et Lucille ont eu moins de travail que d’habitude pour gérer l’asso, mais les besoins sur le terrain de l’urgence sociale étaient énormes. Il fallait y répondre, le plus vite possible, le plus intelligemment possible.

Très vite le CA de l’association a décidé de mettre ses moyens humains salariés et bénévoles au service de l’urgence sociale à Lyon pendant la crise, en élargissant provisoirement son champ d’actions. Et ça tombait bien car on a rapidement constaté que cela correspondait aux attentes de nos adhérent.e.s, avec de la solidarité à tous les étages au sein de notre association : tout le monde y va avec ses moyens, ses compétences, et avec l’envie de continuer coûte que coûte. Solidarité avec et entre les bagageurs, les bagagistes, et les partenaires associatifs du territoire !

Dès le départ, avec Alynea – Samu social, nous avons structuré et diffusé un document collaboratif en ligne qui permet de faire l’état des lieux des services qui sont fermés ou ouverts ou qui se mettent en place pendant la crise : accès à l’alimentation, à l’hygiène (eau, toilettes, savons, gel hydro alcoolique, etc), aux droits, à l’hébergement, aux soins…

Plus de 100 personnes y contribuent, associations, collectifs, institutions, révélant la nécessité d’un tel outil qui continue aujourd’hui d’être le document de référence pour savoir ce qui existe en temps réel. Nous poursuivons son animation, son suivi, ses mises à jour et ses sauvegardes quotidiennement. 

Depuis le début de la crise, nous nous réunissons par téléphone 2 fois par semaine avec d’autres associations de l’urgence sociale du territoire (Alynea, Fédération des Acteurs de la Solidarité, Fondation Abbé Pierre, ALPIL, Médecins du Monde, Croix Rouge, Secours Catholique). On anime ces réunions téléphoniques (déjà 11 réunions en date du 22 avril), on prend des notes, on participe activement.

Ces réunions permettent de mieux articuler nos actions entre associations, et de mettre en commun nos réseaux, nos compétences, et nos manières de faire face. Elles permettent aussi de construire des propositions pour faire avancer les choses avec les pouvoirs publics : articuler les distributions alimentaires, donner accès à l’hygiène, aller à la rencontre des personnes qui vivent dans des squats et des bidonvilles, essayer de remettre en place un service de vestiaire accessibles pour que les personnes puissent avoir des vêtements propres, etc…

Ce travail a donné lieu dès le 21 mars à un communiqué « Double urgence sanitaire et sociale » avec un Appel et une liste précise des besoins et propositions pour venir en aide aux personnes doublement exclues : http://bagagerue.org/covid-19-double-urgence-sanitaire-et-sociale/

Depuis la fin du mois de mars, l’équipe de la Bagage’Rue et ses bénévoles ont répondu présent et participent particulièrement à trois actions :

1 – Les maraudes à Villeurbanne

Avec l’Action pour l’insertion par le logement (Alpil) et le Centre communal d’action sociale (CCAS) de Villeurbanne.  

Les personnes et les familles sans abri sont en effet fragilisées par le contexte épidémique et la période de confinement. Nous avons donc prêté main forte au CCAS de Villeurbanne, et à l’Alpil pour apporter une aide alimentaire et des produits d’hygiène sur des sites d’habitat précaire sur Villeurbanne. 

Au delà de la distribution ces moments de rencontre permettent aussi de maintenir le lien social, de leur apporter l’information sur les ressources existantes et de faire le lien avec les services compétents.

Merci au CCAS et à l’Alpil de nous permettre de partager cette expérience. Un grand merci également à l’équipe de bagagistes (Anna, Grégoire, Lucas, Mathilde P, Mathilde G, Amélie et Perrine) qui se mobilisent chaque semaine pour préparer et distribuer, lors de  maraudes, des kits d’hygiène et alimentaire.

2 – L’accès à l’hygiène au Gymnase Bellecombe (Lyon 6ème)

Du lundi au vendredi, durant la journée, le gymnase a été mis à disposition par la ville afin de permettre aux personnes d’accéder aux services d’hygiènes (se doucher, laver les vêtements, gestion de vestiaire) mais également d’être orienté et accompagné dans les démarches du quotidien.

Une dizaine de bénévoles de la Croix-Rouge, mais aussi de LAHSo, des Amis de la rue, des Petits Frères des pauvres et de Bagage’rue sont présents pour accompagner les personnes sans-abri.

Afin de pouvoir garantir les gestes barrières l’équipe de Bagage’Rue (bénévoles et salariées) ont reçu une formation par la Croix rouge afin de respecter les consignes de sécurité.

Ainsi chaque semaine plus d’une quinzaine de bagagistes sont présent.e.s pour accueillir et veiller au bon fonctionnement des machines à laver et également pour gérer les demandes de colis vestimentaires.

Merci ! machine a laver equipe.jpg

3 – La collecte de masques pour les acteurs de l’urgence sociale et les personnes accueillies

Dans le cadre des actions engagées par Bagage’Rue suite au confinement, nous avons recensé des besoins non couverts en masques de protection, mais aussi reçu des propositions de structures ou personnes proposant d’en fournir. Ainsi, nous avons participé à mettre en lien les besoins avec la fourniture de masques,  fabriqués par des entreprises qui ont réorienté leurs activités : notamment « Orthopédie Services » à Saint Fon, ou des associations comme « l’Effet Papillon » avec ses couturières bénévoles, ou l’association l’armure étoilée spécialisée dans l’accès aux équipements de travail pour tous, mais aussi les citoyens et citoyennes qui font tourner leurs machines à coudre sans compter ! Nous avons déjà récupéré et redistribué plus de 900 masques ! Merci aussi à Brigitte et Christiane, toutes les deux bagagistes, pour les 80 masques qu’elles nous ont fabriqué de chez elles.

Quand on voit tout ça, même si l’avenir est incertain, le premier mot qui vient c’est MERCI, merci à vous à toutes celles et ceux qui s’engagent et qui restent mobilisés. Ça donne de l’espoir et de l’énergie, et on en a bien besoin en ce moment, alors on continue! 

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Cet article a été écrit par bagadmin

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